CORONAVIRUS: NOUS, VIVANT LE LÉVIATHAN DE HOBBES
- Jacques-Brice MOMNOUGUI

- 3 avr. 2020
- 4 min de lecture
La sacralité de la vie humaine demeure indissociable devant L’Etat et toutes les autres forces existantes dans ce monde. Face à certains phénomènes pouvant mettre en péril la vie, les forces politiques, idéologiques et même religieuses se mettent en commun afin de mieux la protéger.
S’agissant de l’État, en partant du Code Hammurabi daté d’environ 1750 av. J.-C à la Magna Carta en 1215, du Bill of Rights anglais en 1689 à celui d’Amérique de 1789, en passant par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, à celle Universelle des droits de l’Homme de 1948 et la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples de 1986, nous consentirons sans hésitation au caractère sacré de la vie humaine : héritage indivis entre la Religion et l’État.
Ainsi, le 15 novembre 2014 le Pape François, au cours d’une allocution devant l’Association des médecins italiens, relevait que : « Il n’existe pas une vie humaine plus sacrée qu’une autre : chaque vie humaine est sacrée[1] ».
Aujourd’hui, la vie humaine est en danger et une fois de plus le monde est en guerre. Mais cette fois-ci, il s’agit d’une guerre sanitaire mettant en conflit le monde entier contre une pandémie engendrée par le Covid-19.
Face à ce fléau mondial, plusieurs États sont dans l’obligation de prendre des mesures drastiques à l’exemple de l’état d’urgence sanitaire décrété un peu partout dans le monde où le mode opérationnel est le confinement. Cela a pour finalité de freiner voire éradiquer la propagation du virus.
Dans mon article précédent portant sur « la couronne du roi, portée par la Reine emparée par le Covid-19 », je me posais la question de savoir si l’ensemble des mesures prises ici et là respectaient les droits et libertés fondamentaux de chacun ?
Voici donc mon essai de réponse.
Ce que l’homme a de précieux et de plus cher est la vie. Cette vie est le leitmotiv de tout droit, car sans vie on ne peut parler de Droit ni de droits. A cet égard, si l’Etat en ces temps se permet de prendre des mesures réduisant certains de nos droits et libertés, c’est pour mieux assoir son autorité face à la protection de la vie humaine.
Pour la petite histoire, ladite autorité pratiquée par l’Etat est le fruit de notre donation. Jean Jacques Rousseau l’a appelé le « contrat social » avec comme itinéraire la volonté générale précurseur de la démocratie, donc de l’intérêt collectif. Le Maître du droit et de la philosophie moderne Thomas Hobbes nous a légué le « « Léviathan, avec comme repère la donation du pouvoir par les hommes au Roi choisi par Dieu.
Dans nos sociétés modernes, cette donation est l’image du suffrage dans la plupart des États en vue de confier le pouvoir à un Homme : le Président de la République ou Chef du gouvernement. Cela dans le but d’éviter la guerre entre tous et contre tous. En d’autres termes, l’insécurité liée à l’état de nature dans laquelle « L’homme est un loup pour l’homme ».
Pour consolider le tout, John Locke a su équilibrer les choses par son plaidoyer sur la nécessité de créer un gouvernement et un État de droit. C’est ainsi que nous avons des lois que l’on ne crée pas, ou que l’on créerait par intermédiaire, mais que l’on se doit de respecter.
De manière assez brève, je viens d’alléguer l’origine philosophique de notre situation actuelle.
Nous vivons HOBBES, c’est ma réponse à la question pré-énoncée.
La crise sanitaire mondiale que nous traversons en ce moment oblige les États à court-circuiter le problème en choisissant la simplicité salvatrice : la SURVIE par les mesures de CONFINEMENT.
Nous sommes à ce jour près de trois milliards de personnes confinées à domicile dans le monde. Nos droits et libertés les plus fondamentaux tels, ceux de se soumettre au suicide, ou au suicide en martyrs pour se satisfaire de ses besoins ou de ses passions, d’aller et venir, ont été mises en quarantaine par l’État.
Nous avons donc renoncé par « force douce » à nos libertés pour protéger la vie et sauver des vies. Cette liberté selon la signification propre de ce mot est l’absence d’obstacles extérieurs, lesquels peuvent souvent enlever à un homme une part du pouvoir qu’il a de faire ce qu’il voudrait, mais ne peuvent l’empêcher d’user du pouvoir qui lui est laissé, conformément à ce que lui dicteront son jugement et sa raison[2].
En cette période, l’intérêt collectif doit surpasser l’intérêt individuel. Par conséquent, ces mesures qui sauvent des vies et permettent de ne pas mettre en danger les autres sont protectrices de la vie humaine.
Au regard du contexte actuel, C’est en quelque sorte notre nouveau contrat social pour vaincre l’ennemi des Humains en 2020 : « Le covid-19 ».
Il convient d’en déduire que le droit à la vie a le plein-droit et le pouvoir de dominer de manière totalitaire sur les autres droits et libertés fondamentaux.
De l’Asie à l’Europe, de l’Europe à l’Afrique, c’est le retour à l’état de nature : la survie civilisée de l’espèce humaine par le confinement légal.
Comme a su le relever Pépin Guillaume Manjolo[3], Ministre, Avocat et essayiste en philosophie-politique lors de son message à propos du coronavirus « Oublions l’épicerie mathématique liée à l’économie, pensons à nos vies ».
La crise est bien humanitaire et non financière comme celles des années 1929 et 2008 a ajouté le Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres.
Ce que l’on peut craindre est qu’à la suite de cette crise humanitaire subviendra une crise financière mondiale, peut-être sans précédents…
[1] https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Archives/Documentation-catholique-n-2518-G/La-vie-humaine-est-sacree-precieuse-et-inviolable-2014-12-19-1256214 [2] Thomas Hobbes, Léviathan, éd. Dalloz, 1971, P. 128 [3] https://www.7sur7.cd/2019/09/01/rdc-qui-est-pepin-guillaume-manjolo-le-nouveau-ministre-de-la-cooperation-internationale




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